Le dernier article

Nota bene: en raison de l’aggravation de son état de santé, Miss Cloclo, alias Clothilde Alexandra Charron, a dû mettre un terme, à son plus grand regret, à la création de capsules humoristiques; l’interprétation exigeant d’elle une somme d’énergie dont elle se sent désormais incapable. Elle a décidé, en contrepartie, d’ajouter à ce site un volet littérature; où elle s’exprime, sans pudeur, sur une problématique délicate dont on entend peu parler par ceux-là même qui en sont l’objet: l’aide médicale à mourir.

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Le dernier article

J’hésite à entamer la rédaction de ce post. Pour tout dire: je n’ai aucune envie de m’y mettre. Parce que l’entreprise va repousser davantage encore le moment de ma « délivrance ». D’ailleurs, dans son ensemble, ce projet d’articles dépasse de loin en temps ce que j’avais prévu au départ.

Je me demande si certains s’étonnent de me savoir toujours vivante. Quand on m’a accordé le droit à l’aide médicale à mourir, moi-même, jamais je ne me serais crue encore de ce monde à l’heure actuelle. À la longue, ça commence à en devenir presque gênant.

Non, je n’ai aucune envie d’écrire ce post. D’autant plus qu’il me reste mille et une autres tâches à accomplir avant le « Jour J »: un livre à publiciser, des dernières volontés à formuler, des « a-dieux » à exprimer, du ménage à effectuer dans mes effets personnels… Sans parler qu’en raison de ma condition physique, toute activité avance à pas de tortue.

Non, je n’ai aucune envie d’écrire ce post. Et puis, je me dis: à quoi bon ? pourquoi faire ?… qu’est-ce que j’ai tant à prouver ? Mais, d’un autre côté, je sens le devoir de le rédiger. Il portera, entre autres sujets, sur une problématique sociale consternante – et pourtant extrêmement méconnue – et qui mériterait d’être enfin mise en lumière.

Or, celle-ci s’inscrit à l’intérieur d’une histoire à ce point alambiquée qu’elle pourrait faire l’objet d’un bouquin entier à elle seule. Puisqu’il me faudra schématiser ma pensée le plus possible, je crains que certaines des miettes d’information que je serai en mesure de divulguer paraissent invraisemblables; ou alors, que plusieurs passages s’avèrent beaucoup trop didactiques.

Non, je n’ai aucune envie d’écrire ce post. A fortiori qu’il s’annonce ainsi comme le plus long d’entre tous, et sans doute comme le moins intéressant. Je tenterai donc de le parsemer de courtes anecdotes, afin de le rendre plus divertissant.

Pour ceux, parmi vous, qui me liraient pour une toute première fois, je vous invite néanmoins à commencer par une publication antérieure.

Quoi qu’il en soit, quant au présent texte, il pourrait profiter aux personnes suivantes: à celles ayant une prédisposition alcoolique, à celles aux prises avec une dépendance aux benzodiazépines ou leurs « dérivés »… ainsi qu’aux victimes de l’encéphalomyélite myalgique, dont je suis moi-même atteinte.

I
Comment obtenir des ordonnances de neuf pharmacies différentes

Alors voilà… Dans l’article précédent, je m’interrogeais, de façon plus ou moins sérieuse, sur les causes du développement de ce syndrome chez moi. Par contre, je ne me suis pas attardée sur les circonstances à l’origine du déclenchement de la seconde affection dont je souffre depuis plus récemment, à savoir d’un grave lupus systémique. Du reste, dans mon cas, l’apparition de cette dernière maladie n’est pas sans être indirectement liée à l’encéphalomyélite myalgique… mieux connue sous l’appellation, contestée, de « syndrome de fatigue chronique ».

Pourquoi « contestée » ? peut-on se demander d’entrée de jeu. Il y a deux raisons à cela. D’une part, cette formulation suggère que la « fatigue » en est l’unique symptôme, alors qu’il en existe plusieurs, et qui varient d’un individu à un autre.

En ce qui me concerne, lorsque cette première pathologie m’a foudroyée vers l’orée de la vingtaine – et littéralement du jour au lendemain – outre la « fatigue », je me suis réveillée notamment avec des douleurs musculaires diffuses, de même qu’avec une sensation constante d’être « dans les vapes ». Ce n’est que près d’une décennie plus tard, au moment où j’obtiendrai le bon diagnostic, que j’apprendrai que cette curieuse impression de « distanciation avec mon environnement physique immédiat » est parfois dénommée « brouillard cérébral ».

D’autre part, l’appellation de « syndrome de fatigue chronique » est contestée parce que la « fatigue » en question n’en est pas une « au sens habituel du terme », pour citer ici l’association québécoise de l’encéphalomyélite myalgique. Elle est particulière de par son intensité, certes, mais aussi de par sa « singularité », si j’ose dire. Je ne l’avais jamais moi-même éprouvée antérieurement, de là ma difficulté à la décrire présentement, sachant qu’elle est étrangère à la majorité des gens.

En fait, elle est tellement « inusitée » qu’elle devrait porter un autre nom que celui de « fatigue », mais que la langue française ne contient pas. À l’extrême rigueur, il s’agit d’un « mal-être » similaire à celui qu’on éprouverait si on était totalement privé de sommeil cinq nuits d’affilée, tout en ayant avalé quinze boissons énergisantes.

Étant donné que celui-ci offre ainsi deux visages – on se sent épuisé et très « éveillé » tout à la fois – il s’accompagne d’insomnie chronique. Plus la « fatigue » est importante, et plus le royaume des songes semble inaccessible… ce qui entraîne un cercle vicieux. Au paroxysme de l’épuisement, on aurait beau méditer pendant des heures en vue d’atteindre un état de sérénité absolue qu’on ne s’endormirait pas forcément pour autant… comme si, dans notre cerveau, « l’interrupteur » avait été collé à « on » avec de la « Krazy Glue ». Aussi, cette pseudo-fatigue est-elle atrocement accablante.

Quand on tombe sur un docteur pressé, de ceux qui nous empêchent systématiquement de compléter nos phrases, et avec lequel on n’a donc le temps que de balancer à la va-vite les mots « fatigue », « insomnie » et « impression d’être dans les vapeurs », il peut avoir tendance à nous imputer d’emblée une dépression, doublée de troubles anxieux. À plus forte raison si l’entretien a lieu à une époque où l’encéphalomyélite myalgique n’est pas encore reconnue comme une pathologie par le Collège des médecins. Elle ne le deviendra que quelques années après les débuts de la maladie.

Je me suis d’abord opposée vigoureusement à ces diagnostics initiaux: celui d’anxiété généralisée… mais surtout celui de dépression, et à juste titre. J’étais d’un tempérament fonceur; et en moi subsistait toujours la volonté de concrétiser mes rêves. Je me disais que dans l’éventualité où je recouvrerais la santé, je serais la personne la plus heureuse au monde ! Apparemment, il faut parfois perdre une chose pour en réaliser la valeur inestimable.

Cependant, comme mes prises de sang ne révélaient rien d’anormal – j’ignorais alors que certaines affections ne sont pas détectables par des prélèvements sanguins, ni par quelque autre méthode d’ailleurs – et qu’on ne me proposait, en guise de traitement, qu’un cocktail d’antidépresseurs et de calmants, j’ai fini par m’y résoudre. J’essayais plus ou moins de me convaincre que j’étais en proie à une sorte de « dépression inconsciente à retardement » – causée par de la négligence et des abus psychologiques répétés subis lors de mon adolescence – mais tout au fond, je savais très bien que la situation était absurde.

Dans la fleur de ma jeunesse, j’avais l’impression d’avoir été catapultée dans une scène de la « Quatrième Dimension ». Aujourd’hui, j’aurais plutôt dit: dans un épisode de « Black Mirror ». 😉 Je me souviens du sentiment incommensurable de solitude qui m’habitait: je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi d’être affligé pendant neuf longues années de symptômes sévères dont on ignore la nature. C’est à en devenir complètement fou !

Par défaut, j’ai essayé, tour à tour, au bas mot, quatre antidépresseurs différents; qui se sont tous avérés totalement inefficaces… et ça, c’est lorsqu’ils ne m’ont pas été carrément néfastes.

Naturellement, on se gardait bien de me prévenir des symptômes de sevrage, ou encore de leurs effets secondaires: après tout, ce n’est pas avec l’équilibre neurologique de leur cerveau qu’on était en train de jouer ! J’ai fini par découvrir qu’en plus de faire engraisser, les antidépresseurs étaient susceptibles de baisser la libido.

Puisque j’étais très sportive, je ne m’inquiétais pas tant de la prise de poids que de la perte de mon appétit sexuel. En d’autres termes, ce que je redoutais le plus comme effet indésirable, c’était de me mettre à trouver les hommes… indésirables ! 😉

Je me rappelle cette scène où j’ai atterri devant trois intervenants du milieu de la santé – un psychiatre, une infirmière et une travailleuse sociale – lesquels m’observaient, d’un air mi-condescendant mi-intrigué, comme si j’étais un animal de laboratoire; et qui s’adressaient à moi comme si je souffrais d’une déficience intellectuelle. Je leur ai demandé tout bonnement: « Mon antidépresseur peut-il diminuer ma libido ? » Or, nulle réponse de leur part… silence radio. Il a fallu m’y prendre à trois ou quatre reprises… avant que la travailleuse sociale – de sa voix nasillarde et haut perchée – ne réplique avec une question: « Est-ce que c’est à ce point important ? ». Cette réflexion m’a alors traversé l’esprit: « Tiens, je parierais que jamais elle n’aurait lâché cette ineptie à un homme ! » Je lui ai rétorqué: « Madame, j’ai 24 ans, je suis belle comme un coeur, et je n’ai pas l’intention de rentrer chez les soeurs. Évidemment que c’est important ! »

Toujours est-il qu’aucun des antidépresseurs ne m’était salutaire. Idem pour les calmants et somnifères: aucun ne provoquait chez moi d’effet réel… Jusqu’à ce qu’éventuellement, on me prescrive un médicament du nom de « zopiclone ».

La plupart des anxiolytiques d’ordonnance appartiennent à la famille des benzodiazépines. À l’époque, le zopiclone était jugé plus inoffensif, parce qu’il n’est pas une véritable benzodiazépine, mais un « dérivé ». Il s’agissait là, du moins, de la terminologie alors utilisée sur internet à son propos. Pour les besoins de ce post, j’emploierai donc l’appellation de « dérivés de benzodiazépines » pour référer au groupe de somnifères auquel fait partie le zopiclone. Plus exactement, celui-ci est un hypnotique de la classe des cyclopyrrolones, qui est apparenté aux benzodiazépines, ou dont le profil pharmacologique est semblable. Mais enfin, bon, passons…

Ce qu’il est vraiment important de souligner pour l’instant, c’est que dès le départ, on m’en prescrivait déjà un comprimé et demie par jour… et ce, tout en m’assurant qu’il n’entraînait pas de dépendance. Comme je doutais de la parole de mon médecin du moment, j’ai cherché à corroborer cette dernière information auprès d’un de ses collègues, ainsi que chez deux pharmaciens: chacun d’entre eux a confirmé la véracité de cette allégation.

Waouh ! non seulement je disposais enfin d’un sédatif qui induisait facilement le sommeil, dont j’avais cruellement besoin; mais qui n’engendrait aucune addiction. AUCUNE. ZÉRO. NIET. NADA… C’est pourquoi j’ai surnommé le zopiclone mon « bonbon de rêve » !

J’ai vite pris l’habitude d’en apporter un ou deux cachets dans mon sac à main, au cas où je passerais la nuit, à l’improviste, chez mon copain de l’époque. Un certain après-midi, tandis que nous nous rendions en voiture pour une première occasion dans sa famille élargie, j’ai décidé, à titre exceptionnel, d’en croquer un infime morceau au milieu de la journée, car j’étais très nerveuse à l’idée de cette rencontre.

Devinez ce qui s’est produit ? Eh bien… tadam… après avoir enduré cette maudite « fatigue » jour après jour… après semaines… après mois… après années… voilà qu’au bout d’une vingtaine de minutes, ce tout petit fragment de pilule bleue a suffi pour alléger celle-ci, la transformant miraculeusement en une fatigue quasi ordinaire, et donc beaucoup plus tolérable: de celle qui vous fait simplement cogner des clous plutôt que de vous pourrir la vie de par son caractère oppressant.

Et pourtant, le zopiclone n’était nullement conçue à cette fin. Qu’à cela ne tienne: en prime, mes douleurs musculaires se voyaient également atténuées. Le seul symptôme réfractaire à l’action du médicament était le « brouillard cérébral », qui constituait, par comparaison, un moindre mal. Physiquement, je ne m’étais jamais sentie aussi bien depuis que j’étais tombée malade !

Tout de même ! Comment avais-je pu ne pas prendre conscience de ces deux propriétés inédites du zopiclone plus tôt ?… Pour cette simple raison que jusque-là, je réservais les cachets pour les instants précédant le coucher, et du coup, l’endormissement.

Bon, sur ce, je dois absolument préciser que bien avant la découverte de ce « bonbon de rêve », j’avais pris connaissance d’une autre substance qui en possédait pratiquement les mêmes vertus insoupçonnées. Et de quoi est-il question ici ?… De l’alcool. Eh oui !… qui l’eût cru ?… alias ma « boisson magique », selon une formulation de mon… cru !

En fait, que celle-ci m’ait servi de sédatif, et même d’analgésique, il n’y a rien là de très étonnant. Ce qu’il est sans doute difficile à concevoir, c’est qu’à l’instar du zopiclone, l’alcool contribuait à supprimer en partie cette fameuse « fatigue ». Qui mieux est – et aussi antinomique que cela puisse paraître a priori – tout comme mon bonbon de rêve, ma « boisson magique » me conférait une certaine énergie. Elle comportait, en outre, l’avantage de m’aider à oublier, l’espace d’une soirée, la dimension surréaliste de ma situation.

En contrepartie, afin d’obtenir un soulagement significatif de mes principaux symptômes, une quantité considérable d’alcool était requise; et malgré cela, son efficacité était beaucoup plus relative. Sans parler des méfaits engendrés par sa consommation abusive: comme ces « black-out », parfois remplis de frasques… et qu’on regrette, après coup, lorsque nos amis de beuverie nous les rappellent à la mémoire; et au moment même où on est en train d’endurer une gueule de bois impossible !

C’est peu de temps après avoir pris la résolution de mettre définitivement un terme aux « périples vers le sommet de “l’Iveresse” » – ou si on préfère: à mes excès alcooliques – soit au tournant de la trentaine, qu’on m’a offert une première ordonnance de zopiclone; et que je l’ai adopté, à son tour, en guise de traitement par défaut pour l’encéphalomyélite myalgique. Quitte à insister, celui-ci avait ainsi pour atouts de réduire notamment la « fatigue » de façon nettement plus appréciable; et de ne nécessiter, pour ce faire, qu’une parcelle de comprimé… laquelle était, au demeurant, bien insuffisante pour induire une quelconque euphorie.

Maintenant, sur le plan strictement neurologique, quel est le point commun entre l’alcool et le zopiclone ?… Réponse: un peu à l’inverse des médicaments contre la dépression, ils sont des dépresseurs du système nerveux central, ce qui signifie qu’ils en diminuent l’excitabilité neuronale. D’ailleurs, parmi les hypothèses de causes les plus plausibles de l’encéphalomyélite myalgique, on compte: une hyperexcitabilité dudit système nerveux. Voilà qui confèrerait au phénomène d’apaisement de cette « fatigue » si singulière par ces deux psychotropes, et qu’on pourrait croire d’emblée paradoxal, une logique évidente.

Étant donné que et l’alcool et le zopiclone agissent sur le neurotransmetteur « GABA »; j’en ai conclu, à titre personnel, que ce syndrome devait être plus précisément associé au moins indirectement à un dérèglement de celui-ci.

D’une manière ou d’une autre, la « demi-vie » du zopiclone n’étant que d’environ trois heures, pour profiter de ses propriétés thérapeutiques, il me fallait en avaler de petites doses tout au long d’une même journée. Au début, je les réservais pour les mauvaises passes – ceux où la « fatigue » et les douleurs musculaires étaient particulièrement éprouvantes – pour en venir, peu à peu, à en faire usage quasi quotidiennement. Après tout, mon bonbon de rêve était censé ne pas être addictif !

Or, ce qui devait arriver arriva: comme au bout d’un certain temps, j’ai développé une tolérance – c’est-à-dire qu’à quantité égale, je n’en retirais plus aucun effet bienfaisant – j’ai commencé à augmenter les prises de zopiclone par intermittence… tant et si bien que je me suis mise à en manquer.

À l’époque, mon cas avait été confié à une « médecin-résidente », soit en « stage postdoctoral ». Vers la fin de chaque rencontre, elle devait s’absenter de son cabinet pendant plus d’une demi-heure, en vue de faire approuver ses diagnostics par un de ses collègues de la même clinique, dont elle était sous la supervision. Au cours de cet intervalle, à tout coup, je demeurais donc seule dans la pièce, dans l’attente de son retour.

Lors d’un certain rendez-vous, tandis que je patientais depuis bientôt une heure en me tournant les pouces, à observer… encore et encore… les affiches sur les murs – de schémas de l’anatomie humaine, ou de mises en garde contre les dangers du tabac – mon regard a fini par tomber sur son ordonnancier: il se trouvait juste là, sur son bureau, bien rempli, à portée de main, en train de me lancer des clins d’oeil !… Je suppose qu’on peut facilement deviner la suite.

Cela dit, je tiens d’abord à spécifier que jamais je ne me serais livrée à un acte illégal s’il avait pu nuire à quiconque. Jusque-là, dans toute ma vie, l’unique fois où j’avais commis un vol, j’avais neuf ou dix ans: dans un centre commercial, une petite amie du même âge m’ayant mise au défi, j’avais empoigné, au hasard, un minuscule ourson en peluche; après quoi, le sentiment de culpabilité et la crainte de me faire pincer par mes parents m’avaient poussée à enterrer mon butin dans le carré de sable derrière notre maison. Au risque de verser dans le prêchi-prêcha, depuis mon enfance, il est primordial pour moi d’essayer d’être une bonne personne. Le respect d’autrui est une vertu chère à mes yeux.

Alors soit ! sur cette précision, nous y revoilà: dans ce bureau de docteur au décor minimaliste… où le temps… tic tac ! tic tac !… semble filer… et dé-filer… passer… et re-passer… au ralenti. Cling ! je jette une oeillade vers l’embrasure de la porte. Hem… suspense… tic tac !… c’est bon: toujours rien à signaler dans les environs. Après un bref moment d’hésitation, je tends le bras vers l’ordonnancier… puis, ni une ni deux, j’en détache trois ou quatre feuilles… pour les foutre nerveusement au fond de ma poche. Ouf ! ça y est: c’est dans la… poche ! 😉

Puisqu’on m’avait déjà rédigé, au fil des années précédentes, mille et une prescriptions, j’avais appris à déchiffrer le jargon employé par les médecins à cette fin. « BID » signifiait: « prendre deux fois par jour »; « NR » était le sigle pour: « non renouvelable »; « PRN » voulait dire: « prendre au besoin »; et cetera.

Néanmoins, la toute première fois – que je croyais également la dernière – où j’ai présenté une ordonnance signée de ma main à un pharmacien, j’étais très anxieuse à la perspective d’avoir commis une erreur. Mais non: mine de rien, on m’a bel et bien remis un flacon de zopiclones; et ce, tout en m’expliquant les indications d’utilisation… que je venais moi-même de formuler par écrit !

Finalement, en dépit de mes résolutions, quand il ne m’est plus resté qu’un seul exemplaire de mon larcin, je l’ai scanné, pour ensuite retoucher le résultat au Photoshop, afin que les caractères paraissent mieux définis. Pour éviter d’éveiller tout soupçon, je préférais pécher par excès de prudence. Par exemple, je me présentais toujours au comptoir d’une pharmacie parée d’un veston doublé de fausses lunettes, histoire d’avoir l’air d’une sage secrétaire !

Aussi, je me gardais bien de consommer plus de zopiclones que nécessaire: je me contentais du strict minimum pour que mes symptômes demeurent supportables. Contrairement à l’alcool, en aucun cas je n’en usais dans un but récréatif: demandez à quiconque de mon entourage s’il m’a déjà vue « buzzée sur les pilules », et il vous répondra par la négative.

Toutefois, ma tolérance à mon bonbon de rêve devenant progressivement de plus en plus forte, je devais sans cesse augmenter les doses par à-coups. Conséquence: il allait se transformer, peu à peu, en « bonbon de cauchemar ». Malgré toutes mes précautions, j’étais en train de foutre les pieds dans un merdier, dont j’étais encore loin d’entrevoir l’ampleur; et a fortiori que cette descente aux enfers allait se révéler extrêmement graduelle et sournoise.

Mais quelles autres avenues s’offraient alors à moi ? Poursuivre mon automédication à coups « d’ascensions vers le sommet de “l’Iveresse” » ?… au risque d’atteindre l’ultime « dégringolade » ? À moins d’endurer des symptômes invivables pour le reste de mon existence, à savoir pour un demi-siècle ? PAS QUESTION !… Lorsqu’on se retrouve, à un très jeune âge, de par un syndrome grave et incurable, dans un gouffre sans fin, sans fond, sans nom… que faire sinon que d’essayer d’en sortir à tout prix ?… et ce, quitte à en créer éventuellement un second ?

Enfin bref, histoire de simplifier la lente évolution de mon addiction au zopiclone… disons qu’à 31 ans, j’en prenais en moyenne un cachet par jour; à 32 ans, un peu plus de deux; à 33 ans, plus de trois cachets… et ainsi de suite… jusqu’à ce qu’à l’approche de la quarantaine, mes neurotransmetteurs soient à ce point désensibilisés que je doive en gober quotidiennement une douzaine pour obtenir un effet bénéfique. Au faîte de ma dépendance, je comptais des ordonnances de mon chef – à raison de 45 comprimés de 7,5 milligrammes par mois – dans neuf pharmacies différentes: Jean Coutu, Pharmaprix, Familiprix, Uniprix, Brunet, Proxim, ainsi que celles du Walmart, du Maxi et du Costco.

Somme toute, ces agissements de ma part ont été préjudiciables à quelqu’un… sauf que la personne à qui j’ai causé du tort, c’est moi-même. À ma décharge, avec ces autoprescriptions, je n’ai même pas fraudé le gouvernement, puisque le zopiclone, à l’inverse de la plupart des autres anxiolytiques, n’est pas couvert par le régime public d’assurance maladie.

II
Une problématique sociale consternante

Mais, en dépit des apparences, règle générale, je n’étais ni je-m’en-foutiste, ni immorale, ni hypocrite… ni même encore dissipée pour autant. Tout au long de cette période, en plus de m’investir, en parallèle, dans diverses thérapies alternatives, telles que les médecines douces; j’ai entrepris une dizaine de tentatives de sevrage… dont quatre en centres de désintox.

À propos, saviez-vous que n’importe qui peut ouvrir ce qu’on appelle plus communément un « centre de thérapie » ? Oui, absolument: N’IMPORTE QUI ! Quoique certains de ces établissements soient bien tenus, et dont le personnel est plutôt qualifié – la Maison Jean Lapointe, par exemple – il en existe d’autres où les employés, y compris les médecins et infirmiers, déconcertent de par leur incompétence, et de par leurs comportements répréhensibles.

Attention ! c’est ici que débute le récit de cette « problématique sociale consternante », à laquelle je faisais référence dans l’introduction de ce post. C’est parti !…

Pour commencer, me croiriez-vous seulement si j’affirmais que dans l’un des centres où j’ai séjourné – un Foyer pour toi, à Laval, pour ne pas le nommer, et que j’ai rebaptisé depuis le « Foyer de l’Enfer » – le docteur qui m’a examinée à mon admission était complètement saoul ?

A la suite de mon rendez-vous avec lui – pendant lequel il a bavé sur ma chemise lors de l’auscultation, car sa tête oscillait vers moi; et où il m’a hurlé dessus, sans raison, avant mon départ, question que je « DÉCÂLISSE AU PLUS CRISSE », pour employer ses propres mots – j’étais tellement stupéfaite que j’ai cherché à confirmer mon impression auprès des autres résidents (« résidents » étant le terme usuel utilisé dans le milieu pour désigner les « patients »)… Eh bien non, je n’avais pas « halluciné »: à l’unanimité, on a soutenu qu’il était, de toute évidence, dans un état second avancé. Pourtant, bizarrement, je semblais la seule à m’en soucier.

Le comble, c’est que l’établissement était identifié sur internet comme une « ressource certifiée en dépendances » par le gouvernement. C’est à se demander ici sérieusement: mais qui peut bien décerner ces « certifications » ? Et selon quels critères, s’il vous plaît ?

Un médecin dans en état d’ébriété sévère qui pratiquerait dans quelque hôpital ou clinique que ce soit, ce serait inconcevable, n’est-ce pas ? Or, dans un centre de thérapie, ça dépasse l’entendement, non ?… Qu’on ne s’étonne pas après si les alcooliques et toxicomanes éprouvent tant de mal à rester abstinents.

Mais ce n’est pas tout, mesdames et messieurs ! Ceci n’est qu’une expérience déroutante parmi tant d’autres que j’aurai vécue dans ce genre d’institution.

À la Villa Ignatia, située au nord de la ville de Québec – un énième établissement « certifié » par le gouvernement, au demeurant – on m’a attribué, à mon arrivée, une chambre simple au rez-de-chaussée, à proximité du cabinet du médecin, lequel était également le fondateur des lieux; tandis que toutes les autres chambres étaient doubles et se trouvaient à l’étage.

J’ai d’abord cru que cette pièce isolée m’était allouée de façon provisoire, et qu’on allait ultérieurement me déplacer pour rejoindre les autres résidents. J’ai toutefois su très tôt que j’allais y demeurer pour toute la durée de mon séjour… et pour une raison qui, sur le moment, m’échappait. J’ai ainsi présumé qu’on voulait garder un oeil sur moi, du fait qu’une désintoxication de benzodiazépines, ou leurs « dérivés » – comme le zopiclone – était particulièrement difficile. Dans tous les cas, j’étais soulagée à l’idée qu’il s’agisse de l’unique pièce avec un seul lit, que je n’aurais donc pas à partager avec une éventuelle cochambreuse « ronflante ».

Peu après mon admission, à la demande du médecin, une infirmière m’a injecté dans une fesse un médicament inconnu; afin, prétendait-elle, de « faire passer le sevrage ». Résultat: j’étais à ce point sonnée que j’ai pratiquement dormi pendant trois jours; période au cours de laquelle j’ai dû me rendre à la salle de bain commune, de peine et de misère, en marchant carrément à quatre pattes.

Personne, du reste, incluant parmi les « intervenants » de la maison, ne se proposait pour m’assister d’aucune manière dans mes déplacements. De ma sécurité ou de mon bien-être, manifestement, ils n’en avaient rien à foutre. Pourquoi m’avait-on alors assignée cette pièce à l’écart ? Là était la question.

Toujours est-il qu’un moment donné, vers 5 heures du matin, j’ai brièvement émergé de mon « semi-coma » pour apercevoir le docteur attitré qui m’observait confortablement assis au pied de mon lit.

Il faut savoir que dans les centres de thérapie, les règles régissant les allées et venues des membres du personnel ne sont pas aussi flexibles que dans les hôpitaux: même les médecins ne sont pas censés s’introduire, comme ça, à leur guise, dans la chambre d’un résident, et en particulier en pleine nuit. Cette irruption était non seulement inhabituelle, mais dépassait les limites de la décence. Quand j’ai voulu me renseigner sur la raison de sa présence à mes côtés, mon visiteur indésirable a marmonné quelque chose d’incompréhensible, avant de finalement quitter les lieux.

Autre fait important à noter: la substance qu’on m’avait administrée par injection me rendait excessivement faible, certes… sauf qu’elle n’induisait pas d’état second; bref, je restais lucide, et n’étais nullement là en proie à une hallucination.

Quatre jours plus tard, dès que l’effet de celle-ci s’est estompé suffisamment pour que je sois en mesure de me déplacer jusqu’au bureau du médecin sur mes deux jambes, je suis revenue à la charge en vue de connaître le motif de son intrusion… mais en vain; quoiqu’il admettait être bel et bien entré dans ma chambre. D’un tempérament extrêmement conflictuel, ce dernier remettait néanmoins en cause le moment exact de l’événement, lequel s’était produit, selon lui, à 3 heures du matin plutôt qu’à 5 heures… ce qui conférait un caractère encore plus insolite à la situation !

D’ailleurs, avec ce docteur, qui à l’époque devoir avoir déjà 85 ans bien tassés, il était littéralement – mais alors là LITTÉRALEMENT – impossible de terminer une seule phrase. Chaque fois que j’essayais de l’interroger sur quelque sujet que ce soit, ou de lui transmettre une information – et je m’adressais à lui toujours très poliment – il me coupait systématiquement la parole pour rétorquer une incohérence du genre: « Non, non, non ! ça ne marchera pas avec moi ! » Lorsque je m’apprêtais à lui demander, en retour, ce qu’il entendait par là, à tout coup, il m’arrêtait en plein milieu de ma question avec une réplique semblable: « Non, non, non ! je n’embarquerai pas dans ton petit jeu ! » HEIN ?… pfff… de quoi parlait-il ? QUEL PETIT JEU ?… Mystère et boule de gomme. J’avais beau tâcher de lui faire comprendre que j’ignorais complètement où il voulait en venir, j’avais droit à la même rengaine; il m’interrompait pour répéter inlassablement: « Non, non, non ! t’essaieras pas ça avec moi ! »

Histoire d’en offrir un meilleur aperçu, voici donc ce à quoi pouvait ressemblait une de nos pseudo-conversations, toutes plus surréalistes les unes que les autres:

— Bonjour monsieur, j’aimerais simplement savoir si…
— Non, non, non ! ça ne marchera pas avec moi !
— Heu… mais qu’est-ce que vous voulez…
— Non, non, non ! je n’embarquerai pas dans ton petit jeu !
— Voyons, je n’ai pas l’intention de…
— Non, non, non ! t’essaieras pas ça avec moi !

En somme, il s’exprimait toujours comme s’il tentait de tuer dans l’oeuf une quelconque critique injustifiée à son endroit.

À la fin de chaque entretien, je quittais son cabinet totalement sidérée, en me demandant comment il était possible qu’un médecin à moitié sénile détienne encore son permis d’exercice; et ce, qui pis est, au vu et au su de tous les autres employés de la maison.

Le cas du docteur alcoolique de l’établissement précédent suscitait les mêmes interrogations: comment pouvait-il avoir le droit de pratiquer ?… et dans un centre de désintoxication, par-dessus le marché ?… là où, à nouveau, les autres intervenants étaient forcément les témoins silencieux de sa conduite.

Pour en revenir maintenant à ces trois jours alitée presqu’en permanence à la Villa Ignatia, à supposer que dans l’intervalle, j’aurais été victime d’attouchements de la part du médecin semi-gaga, peut-être n’en aurais-je même pas eu conscience, tellement la mystérieuse substance qu’il m’avait prescrite m’avait mise KO. Attention, je n’affirme pas qu’il se soit effectivement livré à de tels actes sur ma personne: je soulève uniquement cette éventualité. Et si je le fais, ce n’est pas sans raison: j’ai appris récemment que cet homme, qui répond au nom d’Ildebert Huard, vient d’être jeté en prison, à l’âge de 95 ans, pour avoir été déclaré coupable de plusieurs chefs d’agressions sexuelles sur d’anciennes résidentes. ET PAN !

Quand je pense que ce vieux pervers avait le front, au cours de certains ateliers, de nous bombarder de leçons de morale et de bondieuseries; en plus d’en profiter, au passage, pour m’humilier gratuitement devant tout le monde !

Quant aux agressions à l’encontre de ces femmes qui non seulement étaient sous sa garde, mais dans un état de grande vulnérabilité, je suis également indignée par l’omerta en vigueur chez certains de ses employés à cet effet – son épouse, pour ne nommer que celle-là, qui faisait partie du lot. Comment expliquer que cet hypocrite abject – qui, je le rappelle, était aussi le fondateur de l’établissement – ait pu commettre de tels crimes, en toute impunité, pendant une si longue période, sans qu’aucun d’entre eux ne le soupçonne un jour ou l’autre, et ne daigne le dénoncer ? Après tout, la fondation de la Villa Ignatia ne remonte qu’à 1984 !

Ildebert Huard, le médecin et fondateur du centre de thérapie La Villa Ignatia, inculpé de cinq chefs d’agressions sexuelles sur d’ancienne résidentes, en juillet 2024.

Cela étant dit, quand je parlais plus tôt d’une « problématique sociale consternante », ce n’est pas exactement là où je voulais en venir. Ou du moins, ces quelques anecdotes – et qui ne sont que des exemples parmi tant d’autres de situations aberrantes que j’ai personnellement connues en centres de thérapie – n’en constituent que la pointe de l’iceberg. Il existe à cette problématique une partie immergée, qu’il me reste encore à dévoiler.

Mais, pour ce faire, par où pourrais-je bien commencer ? Tiens, et si j’enchaînais avec une dernière anecdote mettant en scène le vieux médecin dépravé ?

Juste après mon arrivée à la Villa Ignatia, celui-ci avait admis ignorer totalement l’existence du zopiclone – ce qui, en soi, était déjà quelque peu inquiétant; à la suite de quoi il en avait néanmoins déduit, de but en blanc, que le médicament devait s’apparenter à la vitamine C, en ce sens que le corps, selon lui, en éliminait de toute façon « l’excédent »; et que, du coup, un ou dix comprimés, c’était probablement « du pareil au même ». Franchement, dans l’affirmative, je ne vois vraiment pas pourquoi je serais allée jusqu’à en avaler une douzaine quotidiennement ! Évidemment, puisqu’il ne me laissait jamais articuler plus de trois mots d’affilée, je n’ai pas pu l’informer de l’inexactitude de son « intuition ».

Sinon, quant au fameux produit qu’on m’a m’injecté quelques minutes plus tard, à sa demande, dans mon arrière-train – et qu’on allait, d’ailleurs, ultérieurement continuer de m’administrer à moindre dosage, par voie orale, jusqu’à mon départ – je n’ai réussi, au cours de mon séjour là-bas, qu’à lui en soutirer le nom; ce qui ne m’avançait à rien tant que j’étais privée d’internet et de téléphone, comme c’était le cas à la Villa Ignatia, pour effectuer des recherches à son propos. Ce n’est donc qu’une fois chez moi que j’allais être en mesure d’en découvrir la nature.

Et de quoi s’agissait-il ? De la chlorpromazine, aussi désignée par l’appellation commerciale de « Largactil », laquelle s’avère le tout premier antipsychotique à avoir été mis sur le marché, soit au début des années cinquante; et dont l’un des effets indésirables est ainsi de provoquer une forte somnolence. Pour citer Wikipédia, cette substance « fut initialement surnommée la “lobotomie chimique” (…) en raison des effets similaires avec cette pratique neurochirurgicale maintenant controversée. Le surnom de “camisole chimique” fut par la suite généralisé en raison de son effet narcotique. » Voilà, n’est-ce pas, qui est très rassurant !

Sur ce, la question qui s’impose ici est sans doute: pourquoi un antipsychotique ?… Eh bien, parce que parmi la multitude de symptômes de sevrage de benzodiazépines, ou leurs « dérivés » – tel que le zopiclone – on compte une première vague, dits de « phase initiale », susceptibles de perdurer de quelques jours à plusieurs semaines, sinon davantage, selon la gravité de la dépendance; au nombre desquels s’en trouvent qui s’apparentent, de près ou de loin, à des troubles psychotiques. Le Largactil avait donc pour but de les « dissimuler ».

Dans le tome I de mon livre « États seconds, récit de songeries » – dont cette série d’articles est censée tenir lieu, si on veut, « d’ultime chapitre »… faute de pouvoir parachever le deuxième tome imaginé au préalable – j’ai prêté à un personnage, dénommé « Kamikaze numéro 2 », mon addiction au zopiclone. J’insiste ici pour souligner, par parenthèses, que bien que le premier volet du bouquin renferme des éléments à caractère autobiographique, le tout est saupoudré d’une certaine part de fiction.

Quoi qu’il en soit, en voici un extrait, où sont offerts quelques exemples de distorsions sensorielles éprouvées dans les débuts d’une désintoxication de zopiclone: « (…) le plancher sous vos pieds semble, tout à coup, monter et descendre à toute vitesse, comme si vous vous trouviez dans un ascenseur déréglé; ou bien, c’est votre chaise sous vos fesses qui, soudain, donne l’impression de reculer sur des roulettes; et hop ! votre corps vous paraît, tout de go, étranger à vous-même: pareil à un costume que vous auriez enfilé; en même temps que, sans crier gare – tandis que vous tentez de prendre la parole – vous entendez votre propre voix comme de l’extérieur, et en différé… différé… différé !… Mais encore ? vous vous mettez à percevoir les murs onduler, de tous bords tous côtés; les moindres bruits sonner tels des explosions; et des insectes semblant ramper sous votre peau. »

À ces sensations de type psychotiques, il faut ajouter, en guise de symptômes de sevrage: nausées, fièvre, faiblesse extrême, vertiges, sudation, anxiété aiguë, dysphorie, troubles cognitifs importants… et j’en passe, et j’en passe encore.

Pour quiconque aux prises avec une forte addiction aux benzodiazépines ou leurs dérivés, la cure peut se révéler une véritable torture. Or, il s’agissait d’une expérience d’autant plus insupportable pour moi qu’étant donné que le zopiclone avait pour effet de soulager mes principaux symptômes d’encéphalomyélite myalgique, en phase de désintoxication, c’était la réciproque: la « fatigue » et les douleurs musculaires se voyaient alors exacerbées.

De la Villa Ignatia, j’aurai fini par décamper au bout de dix jours, tellement les diverses manifestations symptomatiques étaient intolérables, le Largactil par voie orale ne parvenant pas à les « camoufler » suffisamment. Et à plus forte raison qu’au lieu de baisser la posologie de zopiclone de façon progressive, on m’avait contrainte à un sevrage « cold turkey », expression qui réfère à l’arrêt brutal d’une grande quantité de psychotrope chez un dépendant.

Ce que j’ignorais lors de mon passage au centre, et que j’allais apprendre ultérieurement – de par ma propre expérience, ainsi que de par d’innombrables lectures sur le sujet – c’est qu’avec les benzodiazépines et leurs dérivés, ces procédés sont totalement contre-indiqués.

Si j’ose ici une analogie, utiliser un antipsychotique pour masquer de graves symptômes de sevrage de zopiclone… et dont on a coupé, qui pis est, du jour au lendemain, complètement la dose quotidienne initiale… revient, à la rigueur, à infliger à quelqu’un une blessure, pour ensuite se contenter de la recouvrir d’un pansement, sans la soumettre à aucun traitement: la plaie se met à s’infecter de plus en plus, mais ce n’est qu’au moment où on retire le bandage qu’on peut vraiment constater les dégâts… dont certains seront irréparables.

Si pendant mon séjour à la Villa Ignatia, la désintoxication me semblait déjà insoutenable, ce n’est rien par comparaison avec le supplice que j’allais vivre environ 48 heures suivant mon retour à la maison, quand l’effet du Largactil par voie orale a commencé à se dissiper.

Jusqu’alors, abstraction faite de la crise convulsive, il n’y avait qu’un seul symptôme parmi la trentaine de « phase initiale » énumérés dans les différentes listes qu’on peut retrouver à ce propos que je n’avais jamais expérimentés: le « phénomène de dépersonnalisation ». Dans l’extrait du premier tome offert précédemment, où sont décrites certaines distorsions perceptives traversées en période de sevrage, ce phénomène correspond à cette sensation de « corps [qui] vous paraît (…) étranger à vous-même: pareil à un costume que vous auriez enfilé », doublée de celle où « tandis que vous tentez de prendre la parole – vous entendez votre propre voix comme de l’extérieur, et en différé… différé… différé !…». D’autres personnes encore la définissent telle une impression de « perte de sens de soi-même », ou bien comme celle d’être « projeté hors de son corps ».

En ce qui me regarde, sur le plan psychologique, il s’agira de l’état le plus pénible que j’aurai éprouvé dans toute ma vie: semblable à une crise de panique, mais qui serait « boostée aux stéroïdes ». En outre, tout en gardant notre lucidité, on se croirait plongé dans le pire des bad trips de LSD !

Aussi, lorsqu’après mon départ du centre, le phénomène en question s’est manifesté, afin de parvenir à l’enrayer, il m’a fallu élever la posologie quotidienne de zopiclone à une vingtaine de comprimés pendant une semaine, ce qui équivalait à presque le double de la quantité maximale « à mon actif »; malgré tout, la ribambelle d’autres symptômes habituels demeuraient plus accablants que jamais. J’aurais augmenté le dosage bien davantage si ce n’était du fait que ma réserve de zopiclones n’était pas illimitée.

J’étais toutefois loin d’être au bout de mes peines: car à partir de cet épisode, je n’allais plus être en mesure de diminuer ma consommation en dessous de huit cachets par jour; tandis qu’auparavant, il m’était encore possible de la réduire à moins de trois comprimés… quitte à devoir, à cette fin, entreprendre par moi-même des sevrages graduels étalés souvent sur plusieurs mois – comme il est censé être de rigueur avec les addictions sévères aux benzodiazépines et leurs dérivés; intervalles où je restais néanmoins très indisposée. Il n’a donc suffi que dix petites journées de cure « mal-menée » pour provoquer un dérèglement de mes neurotransmetteurs tel que j’en atteigne un point de non-retour.

À cette époque pas si lointaine, j’avais l’impression d’être coincée dans du sable mouvant: en dépit de tous mes efforts et de toute la volonté du monde, plus je tentais de me sortir du « trou », et plus je m’enfonçais.

Désormais, j’étais d’autant plus désespérée à l’idée de ne jamais pouvoir m’affranchir de cette addiction, sachant qu’il me serait impossible de monter indéfiniment les prises de zopiclone; mais surtout n’étant pas sans être au fait que la majorité des centres de thérapie – la Maison Jean Lapointe, notamment – refusent les cas lourds de pharmacodépendance aux benzodiazépines et leurs dérivés; et que les rares établissements qui les admettent – y compris en milieu hospitalier – quand ils n’imposent pas de sevrage « cold turkey », infligent tout de même systématiquement des cures beaucoup trop expéditives, dont ils ignorent ou méconnaissent les dangers, ainsi que les manifestions symptomatiques. Du moins, telle était la situation il y a à peine une décennie.

Par « cures beaucoup trop expéditives », j’entends ici échelonnées sur moins d’un mois; alors que, suivant le « protocole Ashton » – du nom d’une auteure et professeure britannique de psychopharmacologie, et qui fait autorité en la matière – selon ma consommation de zopiclones à son paroxysme, pour éviter les symptômes de « phase initiale » – dont certains exemples viennent d’être proposés – la désintoxication aurait dû s’effectuer, en réalité, de manière extrêmement progressive, sur plus de deux ans. Vous avez bien lu: plus de deux ans !

Subir un sevrage trop rapide jusqu’au bout comporte également le risque de souffrir de symptômes dits « prolongés »… presque aussi variés qu’ils existent de maladies sur Terre, et pouvant, quant à eux, s’éterniser des années, voire une vie entière.

Et encore ! dès lors que l’équilibre de mes neurotransmetteurs était bousillé, en admettant que je sois arrivée, par miracle, à me désintoxiquer complètement… et ce, sans développer de séquelles à long terme… pour l’encéphalomyélite myalgique, j’aurais été dépourvue de tout « remède »… Enfin presque: à exception de l’alcool, bien entendu, loin d’être idéal en guise de traitement.

Ainsi confrontée à deux problématiques de santé méconnues et « mal-traitées » – l’encéphalomyélite myalgique et ma dépendance au zopiclone – c’était comme si je me retrouvais « enfermée à double tour ».

III
Se contenter de sucer des glaçons

Qu’à cela ne tienne, j’étais sur le point d’entamer, vaille que vaille, une ixième tentative de sevrage par moi-même lorsque je suis tombée sur le site internet français de l’Association Aubes, maintenant en désuétude; qui militait alors en faveur de la légalisation d’un médicament à dosage très élevé susceptible de guérir l’alcoolisme: le baclofène. De la famille des myorelaxants (ou relaxants musculaires), celui-ci est conçu initialement, entre autres, pour traiter la sclérose en plaques.

Or, il a ceci de particulier qu’à l’instar de l’alcool ainsi que des benzodiazépines et leurs dérivés, il agit sur le neurotransmetteur GABA; mais à cette différence près et fondamentale qu’il n’entraîne pas de tolérance… en plus de n’induire aucun effet euphorisant.

Ce mouvement, qui a ultérieurement fini par obtenir gain de cause en France, avait notamment pour origine l’expérience fructueuse d’un médecin français, Olivier Ameisen, lui-même gravement alcoolique, qui, se basant sur l’hypothèse selon laquelle l’alcoolodépendance est corrélative à un dysfonctionnement dudit neurotransmetteur GABA, s’était auto-administré quotidiennement du baclofène en vue de soigner son addiction.

Toutefois, avant de parvenir à la sobriété, il lui avait fallu monter la prise à près de 300 milligrammes par jour, ce qui correspond à plus du triple de la posologie maximale normalement indiquée pour ce médicament. À la suite de cette découverte – qui a soulevé une vive controverse scientifique – en France, d’autres patients alcoolodépendants ayant fait l’objet d’une utilisation thérapeutique au baclofène à des doses plus ou moins comparables – soit souvent bien au-delà de la limite initialement autorisée – ont réussi, à leur tour, à boire modérément, sinon à atteindre l’abstinence complète.

Cela dit, malgré mon penchant pour les soirées (trop) bien arrosées, sur le site de l’Association Aubes, ce n’est pas cette propriété du baclofène qui avait d’abord suscité mon intérêt. Il s’y trouvait une petite section, en marge de la principale, qui m’interpellait davantage… laquelle révélait, quant à elle, une autre vertu inédite du médicament: à savoir pour faciliter les sevrages des benzodiazépines et leurs dérivés.

Selon les réponses obtenues à mes questions posées virtuellement à des médecins français, pour le zopiclone, la méthode consistait simplement à diminuer graduellement la posologie de celui-ci au fur et à mesure qu’on augmentait celle du baclofène.

Étant donné que dans les essais cliniques relatés sur le site de l’Association Aubes, les doses administrées de baclofène pour contrer les addictions à l’alcool ou aux benzodiazépines et leurs dérivés étaient relativement considérables; je me suis résolue à reporter ma tentative de désintoxication, le temps d’en accumuler, à coups d’autoprescriptions, une quantité suffisante.

Ma première ordonnance de baclofène fut cependant très modeste, toujours histoire de jouer la prudence. Du reste, bien que j’entretenais certains doutes par rapport à l’efficacité de celui-ci pour atténuer les symptômes de sevrage de zopiclone – à plus forte raison que son utilisation à cette fin semblait, à l’époque, encore à un stade plus ou moins expérimental – j’entrevoyais là enfin une lueur d’espoir de m’affranchir de mon problème de pharmacodépendance.

J’ouvre ici une brève parenthèse pour préciser que même si l’usage du baclofène à fortes doses en guise de remède contre l’alcoolisme a finalement été autorisé en France; et que plusieurs médecins français en prescrivent aussi depuis quelques années pour traiter les addictions aux benzodiazépines et leurs dérivés; il en est différemment au Québec, lequel, comme bon nombre d’autres nations, accuse un énorme retard thérapeutique à cet effet.

À mon avis, même aujourd’hui, vous auriez sans doute du mal à rencontrer un médecin québécois suffisamment ouvert d’esprit pour accepter de soigner votre alcoolisme avec du baclofène. Pour ce qui est alors d’en trouver un qui approuverait son utilisation dans la prise en charge d’une dépendance aux benzodiazépines ou leurs dérivés, je crains que l’entreprise ne soit plus compliquée.

En tout en cas, il y a moins d’une dizaine d’années, je vous assure que ces procédés n’étaient hélas pas encore en vigueur ici, incluant en centres de désintox… allez savoir pourquoi d’ailleurs ! À supposer que les choses n’aient pas évolué dans ce sens, selon moi, pour recevoir d’un médecin québécois une ordonnance de baclofène en vue de remédier à l’une ou l’autre de ces deux addictions, vaudrait mieux – si vous en êtes capables – simuler un torticolis, ou bien des raideurs ou douleurs musculaires quelconques.

Voilà donc la raison pour laquelle, comme pour le zopiclone, je me suis résignée à émettre mes propres prescriptions de baclofène… dont la première consistait ainsi, je le rappelle, en une simple poignée de cachets.

Je ne passerai pas par quatre chemins: jamais je n’ai pu obtenir la seconde. Une pharmacienne zélée – de celle qui devait croire que le zopiclone n’était nullement addictif – a saboté mon unique échappatoire potentielle à ma problématique de dépendance, en lançant une « alerte » à mon nom, me bloquant l’accès, dans chaque pharmacie, à toute ordonnance éventuelle signée de ma main.

Pourtant, aucune erreur n’avait été commise sur mes dernières autoprescriptions ou de baclofène ou de zopiclone. Il serait trop long de relater la façon dont j’ai pris connaissance des présentes informations, mais c’est plutôt une crise de larmes à laquelle j’ai succombé devant le comptoir de la pharmacie qui lui a mis la puce à l’oreille.

Enfin bref, après une décennie, j’ai fini par me faire pincer pour avoir rédigé une fausse ordonnance. À l’instant précis où j’ai appris la nouvelle, j’ai eu l’impression d’être un de ces personnages dans les films, qui, sous le choc d’une tragédie, sent le monde tournoyer autour de lui… pendant qu’en arrière-plan, on perçoit le mur en train de reculer.

Peu de temps plus tard, je me retrouvais, de nouveau, en centre de thérapie… et ce, pour entamer une désintoxication extrêmement abrupte que j’étais censée, cette fois-ci, mener à son terme… Mais comment ?… Comment y parvenir ?… IMPENSABLE ! M’attendait là inévitablement un cauchemar au-delà même de l’imaginable. Et ici, je fais uniquement référence à la « phase initiale » de sevrage. J’étais absolument terrorisée à la perspective de devoir y mettre fin à mi-chemin en me jetant en bas d’un pont !

Or, c’était ça ou une cure quasi « cold turkey » seule chez moi. Car au moment où une place s’est libérée au centre en question – la Maison L’Épervier, en l’occurrence, située dans les Laurentides – de ma réserve de zopiclones, ne restait plus qu’un quart de comprimé.

Quant aux symptômes dits « prolongés » de sevrage, je redoutais tellement que la désintoxication ne m’occasionne, après coup, des troubles cognitifs permanents que pendant le court intervalle précédant mon arrivée, j’ai utilisé mes tout derniers cachets de zopiclone pour terminer, en catastrophe, ce qui allait devenir le premier tome de mon livre; lequel est demeuré, avec mes nombreux autres manuscrits inachevés, dans mes tiroirs… jusqu’à ce que, plus récemment, je l’en ressorte dans le but de le faire publier avant mon « départ ».

Toujours est-il que ma seule bouée de sauvetage consistait en cette quantité dérisoire de baclofènes… dont j’étais donc incertaine de l’efficacité.

Aussi, sachant que j’allais subir une fouille lors de mon admission à la Maison L’Épervier – comme il est d’usage dans ces établissements – où toute substance, surtout non identifiée, m’allait être nécessairement confisquée; j’ai inséré le peu d’exemplaires du médicament dont je disposais dans un petit contenant plat en plastique très épais, de quelques centimètres carrés – du genre qui servent à emballer les mini-pinceaux pour ombre à paupières – afin de dissimuler le tout dans ma culotte, entre le tissu et une serviette hygiénique.

Certes, à notre arrivée, les centres de thérapie ont l’habitude de procéder à une fouille, et de nos bagages et de nos poches, mais il ne s’agit quand même pas de prisons: jamais ils n’allaient ratisser jusque-là.

Ce n’est qu’une fois seule dans ma chambre que j’ai enfin pu extirper mes précieux comprimés de leur refuge provisoire – disons que de les sentir dans mon entrejambe n’était pas des plus confortable – pour leur trouver une planque sûre et définitive… à savoir dans ma boîte de tampons: personne n’irait fouiner à cet endroit non plus. Constatez, du reste, que dans mes cachettes, je respectais une même thématique ! 😉

En revanche, j’ai attendu quelque temps avant de me décider à faire l’essai du baclofène. Et pourtant, dès le tout début de mon séjour, du zopiclone, ils ont descendu la prise quotidienne à huit cachets… et ce, en dépit de toutes les mises en garde adressées au médecin à mon admission; ce qui correspondait exactement au seuil à partir duquel, depuis la Villa Ignatia – et après des semaines, voire des mois de tentatives de sevrage – je ne parvenais plus à baisser la posologie sans que les divers symptômes habituels deviennent carrément insupportables… qu’il s’agisse de ceux liés à la désintoxication en tant que telle, ou bien de ceux, intensifiés par celle-ci, de l’encéphalomyélite myalgique.

Aussitôt que le dosage a été réduit davantage est survenu un événement particulier qui m’a finalement incitée à mettre à l’épreuve le baclofène. L’incident s’est produit vers la fin d’un bel après-midi ensoleillé – l’unique moment de la journée où, à travers nos multiples occupations, nous jouissions d’un certain répit – tandis que nous nous trouvions tous à l’extérieur pour griller une cigarette: dans les centres de thérapie, les fumeurs sont légion. Ce jour-là, alors que jamais je ne m’étais sentie aussi mal en point, voilà que, subitement, pour une seconde fois, j’ai vécu – et devant l’ensemble des autres résidents, s’il vous plaît – le fameux phénomène de dépersonnalisation !

Cette expérience est tellement déstabilisante que j’ai soudain été prise de tremble… tremble… tremblements… doublés de bégaie… de bé… de bégaiement ! Et j’éprouvais d’autant plus de difficulté à expliquer à mon entourage immédiat ce qui était en train d’advenir que je percevais ma propre voix en écho… en écho… au fur et à mesure que j’essayais d’articuler ma pensée. Évidemment, comme les intervenants méconnaissaient les symptômes de sevrage des benzodiazépines et leurs dérivés, ils ont cru à une simple crise d’angoisse.

À ce propos, d’ailleurs – avant d’en arriver aux résultats, le soir venu, de ma première expérimentation avec le baclofène – je ne peux m’empêcher de révéler qu’à la Maison L’Épervier, ils tentaient de nous convaincre que tout symptôme physique, et de quelque nature que ce soit, avait nécessairement une origine psychosomatique. Cette idéologie supposerait, à la limite, qu’une personne en proie à un cancer pourrait en soigner les manifestations uniquement à coups de séances chez un psy !

C’est pourquoi tout médicament y était prohibé, y compris les produits en vente libre, tel que l’acétaminophène; de sorte que pour soulager nos crampes menstruelles, par exemple, il fallait se balader, du lever au coucher, avec un « Sac Magique » noué, tant bien que mal, autour de la taille avec une ceinture ou une serviette de bain.

Et dire qu’ils avaient le culot de prétendre guérir le syndrome de fatigue chronique, mais qu’ils en ignoraient jusqu’à la dénomination officielle d’encéphalomyélite myalgique, en plus d’être incapables d’en citer un seul symptôme… autre que la fatigue, comme de raison !

Impossible de pas souligner, en outre, qu’en vue de résoudre nos souffrances émotionnelles, dont celles supposément à la source de nos malaises physiques, ils privilégiaient une approche essentiellement psychanalytique; d’où l’importance prépondérante qu’ils attachaient à notre sexualité.

Dans cet esprit, au cours de certains ateliers, on nous obligeait à nous présenter, à tour de rôle, debout devant tout le monde, pour raconter en détail, pendant une demi-heure, nos fantasmes sexuels les plus salaces ! Ou encore, histoire de raviver nos vieilles blessures affectives, ou de nous pousser dans nos derniers retranchements, on nous bombardait, du matin au soir, de productions audiovisuelles d’une extrême violence, contenant des scènes de viols collectifs et d’actes incestueux.

Et ça, c’est sans compter que l’homosexualité y était considérée non seulement comme une perversion, mais aussi comme acquise plutôt qu’innée: autrement dit, ils soutenaient que cette prétendue « dépravation sexuelle » était issue d’un traumatisme de l’enfance… une vision qui entrait en totale contradiction avec ce que mes amis gais affirmaient à ce sujet.

En dehors de ces activités, nos journées étaient surchargées par d’innombrables corvées: nous incombaient la cuisine de chaque repas, de même que l’entretien de l’intérieur du bâtiment en entier. En aucun cas, je n’ai croisé, à cet endroit, de concierge ou de cuisinier.

Pour ma part, en compagnie de deux autres résidents, j’étais responsable de la préparation du dîner, et ce, pour une vingtaine de personnes; une tâche qui nécessitait quotidiennement pas moins de deux heures. Dès le lever, m’étaient également imposés, à moi seule, le ménage de la salle d’atelier au grand complet; ainsi que la collecte de toutes les poubelles, qu’il me fallait ensuite transporter jusqu’au chemin, situé à un demi-kilomètre.

Sinon, au saut du lit, les six résidentes que nous étions devions nous disputer une même salle de bain en l’espace d’une petite heure. Naturellement, dans les dix minutes qui nous étaient allouées individuellement, outre notre toilette et l’aller-retour de nos effets personnels, nous étions censées inclure le nettoyage de la douche après notre passage.

Quand on sait que la Maison L’Épervier exigeait des frais de dix mille dollars par mois – tout à fait: dix mille dollars ! – c’est à se demander à juste titre: mais où pouvait bien aller tout cet argent ?

À ce prix-là, on se serait attendu, en contrepartie, à un suivi médical de près, tel que le requiert normalement un sevrage de benzodiazépines et leurs dérivés. Or, le médecin, je ne l’ai rencontré que lors de mon arrivée. Ou à tout le moins, on se serait attendu à un minimum de soutien et de disponibilité de la part des autres intervenants… mais niet: pas une miette ! On était complètement laissé seul à soi-même.

Puisqu’en raison de ma condition physique, je peinais pour suivre le rythme effréné de la maison, je leur ai réclamé, à diverses occasions, un bref entretien, en privé, afin de leur communiquer mes difficultés et mes inquiétudes par rapport à la désintoxication. Cependant – hormis le premier rendez-vous avec le médecin – au cours de tout le mois qu’a duré mon séjour, jamais aucun d’entre eux ne m’a accordé, à cette fin, ne serait-ce que cinq minutes.

À la place, lorsqu’on ne m’incitait pas à prolonger celui-ci et à investir trente à quarante mille dollars supplémentaires pour achever la « thérapie » à proprement parler; à tout coup, on me suggérait d’extérioriser mes préoccupations par écrit, dans une sorte de « journal de bord »… ou bien encore, de me rendre dehors pour pratiquer le cri primal…

… Le cri primal ? Sans blague ! Alors ça, c’était la totale !… Il s’avère que je souffrais justement d’un terrible mal de gorge – un autre symptôme de sevrage à ajouter à ceux énumérés précédemment – du genre qui vous donne l’impression d’une lame de rasoir à travers le gosier chaque fois que vous avalez… et lequel allait s’éterniser plusieurs semaines après mon départ. Bien entendu, comme la politique de la maison excluait toute médication, je n’avais même pas droit à un « Cepacol ». Pendant tout mon passage là-bas, j’ai dû me contenter, pour calmer la douleur, de sucer des glaçons… mot à ne pas confondre ici avec « garçons » ! 😉

Maintenant, pour en revenir à cette fameuse journée où s’est manifesté, de nouveau, le phénomène de dépersonnalisation, valait donc mieux pour moi, la nuit tombée, ne surtout pas me faire choper en train de gober mon premier morceau de baclofène.

IV
La pilule magique ?

Évidemment, je ne me serais pas donné la peine de m’attarder autant sur les vertus présumées de ce médicament si je n’en avais tiré aucun bénéfice. En fait, moi qui avais pourtant une forte tolérance naturelle à l’alcool, voici qu’avec le baclofène – à l’exception du mal de gorge – sur le coup, un demi-comprimé a suffi pour que je ressente les symptômes de sevrage réduits d’à peu près 75 pour cent.

Mieux encore, à mon grand étonnement, ceux de l’encéphalomyélite myalgique, d’abord exacerbés par la désintoxication, se voyaient, eux aussi, considérablement allégés. J’ai aussitôt été envahie par un immense soulagement ! Somme toute, je n’allais peut-être pas finir mes jours démembrée en bas d’un pont.

Mais bon, la cure n’étant alors qu’à ses débuts, et ma quantité de baclofènes se révélant très limitée, j’allais devoir me rationner… si bien que le reste de mon séjour à la Maison L’Épervier allait devenir de plus en plus éprouvant.

Pourquoi avait-il fallu que cette « pharmacienne zélée » me soupçonne juste au moment où je venais de trouver une porte de sortie à mon addiction ? Voire même juste au moment où je venais de découvrir un remède potentiel à l’encéphalomyélite myalgique ?… Quelles pensées lui avaient traversé l’esprit avant de lancer cette fameuse « alerte » ? « Tiens, cette femme est en train de pleurer, mais c’est tant pis pour elle ! Il s’agit sans doute d’une toxicomane. Et c’est bien connu: les toxicomanes sont de mauvaises personnes. Et moi, en tant que bonne personne, je vais lui donner une bonne leçon. ET VLAN ! »

Or, pour commencer, tous les déboires des années antérieures auraient pu m’être évités si seulement un médecin avait songé à me signer une prescription de baclofène ! Après tout, suivant l’apparition de l’encéphalomyélite myalgique, on ne m’avait pas proposé uniquement des antidépresseurs et des sédatifs, mais plein d’autres merdes médicamenteuses, comme à un cobaye; tel du Ritalin, lequel, à titre de stimulant du système nerveux central, avait, du reste, provisoirement empiré mon état.

Il y a deux raisons qui, dès les débuts de la maladie, auraient justifié une ordonnance de baclofène. Outre le fait qu’en tant que myorelaxant, celui-ci aurait été indiqué pour apaiser mes douleurs musculaires; il aurait pu m’être offert pour traiter les troubles anxieux – qu’on m’avait diagnostiqués à tort, mais tout de même – puisqu’il s’avère que le médicament possède aussi des propriétés anxiolytiques.

Et désormais, à cette ixième vertu, on pouvait potentiellement compter celle de soigner l’encéphalomyélite myalgique ! Qui sait, en effet, si le baclofène ne serait pas également profitable aux autres victimes de cette pathologie ?

Ou en tout cas, en ce qui me concerne, la prise temporaire et à très faibles doses du médicament, auto-administré en catimini à la Maison L’Épervier, aura finalement réussi à en atténuer les symptômes de façon définitive… et ce, d’environ de moitié; alors que, logiquement, ils auraient dû être aggravés.

En prime, depuis cette brève expérimentation du baclofène, j’ai réalisé qu’en moi avait totalement été dissipée, comme par magie, toute envie d’entreprendre quelque « périple vers le sommet de “l’Iveresse” » ! Tandis qu’auparavant, j’entretenais un penchant pour les bières fortes, telle que la Guinness; maintenant, même l’odeur d’une Corona a pour effet de me soulever le coeur.

À quoi m’a donc servi une décennie de réunions des Alcooliques anonymes ? Certes, à apprendre à vivre le moment présent… D’un autre côté, pour emprunter les mots d’un personnage d’une capsule humoristique que j’ai scénarisée: « Prendre un jour à la fois (…) c’est pas comme si on avait vraiment le choix ! » 😉

Et dire que la découverte du baclofène dès ma prime jeunesse m’aurait permis de boire normalement; au lieu de devoir, à chaque occasion, chanceler entre l’abstinence complète et la « vidange » d’une cave à vin en entier !… Et dire que, pendant tout ce temps, auraient pu m’être évitées ses multiples tentatives de sevrage !… Et dire qu’une ordonnance de baclofène dès les premiers signes d’encéphalomyélite myalgique aurait probablement contribué à améliorer de beaucoup ma qualité de vie !… Et dire que sans l’intervention de cette « pharmacienne zélée » m’aurait été épargné le calvaire qui allait s’ensuive…

… Et ici, par « calvaire », je ne fais pas tant référence au sevrage à proprement parler – ni tant à sa « phase initiale », ni même tant à sa « phase prolongée » – qu’aux contrecoups inattendus de celui-ci.

Je m’explique: si le baclofène s’est révélé (ou aurait pu se révéler) pour moi une quasi-panacée, en revanche, c’est précisément à partir de cette désintoxication trop expéditive qu’ont commencé à s’accumuler, les uns après les autres, les symptômes de la deuxième pathologie dont je souffre… laquelle consiste, je le rappelle, en un lupus systémique particulièrement sévère.

Autant je suis bien informée sur les dangers des cures « mal-menée » de benzodiazépines et leurs dérivés – pour avoir tout lu, tout vu et tout vécu à ce niveau – autant mes connaissances sur le lupus sont limitées. Du moins, sur le plan strictement théorique; puisqu’en pratique, j’éprouve désormais, au quotidien, au bas mot une vingtaine de symptômes, dont je vous épargnerai la liste. Quoique de ce nombre s’en trouvent possiblement quelques-uns qui soient, en fait, plutôt des symptômes « prolongés » de sevrage au zopiclone.

Je sais néanmoins que le lupus est une maladie auto-immune, c’est-à-dire une affection où le système immunitaire se met à attaquer, par erreur, les cellules et les tissus sains de l’organisme.

Je sais également que ses manifestations et leur sévérité varient grandement d’un sujet à un autre.

Quant aux facteurs en cause dans l’établissement de la maladie, je sais, par surcroît, que plusieurs études démontrent qu’elle est souvent déclenchée par un traumatisme physique ou psychologique important.

Aussi suis-je absolument convaincue que, dans mon cas, c’est bel et bien le sevrage trop abrupt de zopiclone, soit de ce qui me servait de traitement pour l’encéphalomyélite myalgique, qui est à l’origine du développement de mon lupus.

Et hop, tralala !… voilà pour le lien indirect entre les deux affections annoncé au début de ce texte !… Affaire classée. Le tour est joué.

V
Concluzzzion

Bon, cela étant fait, à partir de maintenant, cette publication pourrait prendre plusieurs directions… pour se terminer de mille et une façons.

Par exemple, je pourrais renchérir sur le sujet en énumérant des points communs entre les deux pathologies. À commencer par cette autre hypothèse de cause de l’encéphalomyélite myalgique, qui affirme qu’à l’instar du lupus, elle serait corrélative à une altération du système immunitaire; et laquelle n’entre d’ailleurs pas forcément en contradiction avec celle que j’avance, à titre personnel, qui veut qu’elle soit associée, de près ou de loin, à un déséquilibre du système dit « GABAergique ».

Or, si je poursuivais sur cette lancée, j’ajouterais des informations didactiques à un article qui, en somme, peut sembler en contenir déjà beaucoup.

Sinon, je pourrais enchaîner en expliquant comment le « programme Alerte » – instauré par l’Ordre des pharmaciens du Québec, et censé, selon leur site internet, « soutenir les patients ayant des problèmes d’abus de médicaments » – m’a porté préjudice… et ce, non seulement pour m’avoir contrainte au supplice d’une cure bâclée de zopiclone, mais aussi et surtout pour avoir contribué à aggraver le lupus, en en retardant le diagnostic. Oui, je pourrais me pencher sur les raisons pour lesquelles, dû à ce fameux « programme », celui-ci ne sera établi que sept ans plus tard, un délai qui a entraîné des séquelles irréversibles.

D’abord, parce qu’on m’a obligée à être jumelée à un seul prescripteur – que j’ai surnommé « docteur Troufignon » – qui prenait mon cas « à la légère », pour utiliser un euphémisme; alors que la maladie était en train d’attaquer mes intestins et mon système nerveux, occasionnant notamment des douleurs de type neuropathique dans tout le tronc et le bas du corps, et violentes au point de m’en arracher les cheveux.

À cet effet, je pourrais mentionner que j’ai su dernièrement pourquoi ce médecin m’avait traité avec si peu de considération: spécifier qu’il avait brisé le secret professionnel en discutant de ma condition médicale à une tierce personne, laquelle avait insinué que j’étais hypocondriaque. Croyez-moi, dans l’affirmative, jamais au grand jamais on ne m’aurait accordé le droit à l’aide médicale à mourir !

Sur ce, je pourrais ensuite démontrer à quel autre niveau le « programme Alerte » m’a été dommageable: m’insurger ici du fait que dans les ordinateurs de toutes les pharmacies, ainsi que de tous les établissements de santé du Québec, il était inscrit dans mon dossier que j’étais une « narcomane », sans aucune précision… tant et si bien qu’ultérieurement, tandis que je me tordais de douleur, et que ma vie était littéralement en jeu, chaque fois que je tentais de chercher de l’aide ailleurs, je passais à tort pour une junkie en quête d’une petite dose d’oxycodone – moi pour qui les opioïdes et opiacés étant totalement inconnus – de sorte qu’on m’envoyait systématiquement promener.

Certes, je pourrais m’étendre sur les événements survenus dans les années précédant le diagnostic de lupus, entre la désintoxication et l’hospitalisation d’un mois où frôlé la mort.

Or, si je poursuivais sur cette lancée, j’en aurais encore pour des pages et des pages, et ce texte est déjà suffisamment long tel qu’il est.

Moi qui comptais, au départ, pondre de très courts articles: c’est foutu ! Et du deuxième tome inachevé de mon livre – dont ce blogue était destiné à en « esquisser les grandes lignes » – je n’aurai réussi, au total, qu’à récupérer deux extraits du jet original. C’est dire combien j’aurais eu d’autres thématiques à aborder ici. Je devrai accepter que l’oeuvre demeure « dé-cousue »; et que le reste du second volet prévu initialement tombe dans le néant de l’anonymat et de l’inutilité.

Le temps est venu pour moi de conclure pour de bon… et je tiens à le faire sur une note positive. A fortiori que, malgré certaines récriminations, je n’ai plus d’énergie pour le ressentiment; contrairement à ce que ce post laisse peut-être entendre, je ne suis ni amère ni pessimiste… surtout à ce stade de mon existence.

Ceci dit, je me pose quand même une question: à tous ces « spécialistes » de la santé, incluant cette « pharmacienne zélée », qui m’ont traitée avec mépris pour m’avoir pris pour une toxicomane, leur aurait-il jamais passé par l’esprit que j’aurais pu user d’un médicament narcotique dans un but purement thérapeutique ? Je crois que la réponse va de soi: oh que non !

Ce qui me fait penser qu’on est trop enclins aux jugements gratuits sur autrui, et ce, sans savoir ce que les gens sont en train de vivre… ou « en train de mourir », si j’ose dire.

Et tiens, pendant qu’on y est… certains se prononcent contre l’aide médicale à mourir, et jugent ainsi, par ricochet, ceux qui y ont recours; ou encore se permettent de me dicter la meilleure attitude à adopter dans ma situation… alors qu’ils ne me connaissent ni d’Ève ni d’Adam, et que leur seule expérience avec la maladie, c’est d’avoir été en proie à une petite gastro trois jours d’affilée quelque part en 1998 ! 😉

Et du reste, à supposer même que j’aurais consommé des substances narcotiques à des fins récréatives, personne ne serait en mesure de deviner quelles blessures affectives m’auraient conduite là, n’est-ce pas ?

… Ce qui m’amène ici à parler des résidents que j’ai rencontrés en centres de thérapie. Dans ces établissements, on cohabite les uns avec les autres, du matin jusqu’au soir, à partager sans cesse nos émotions et des parties intimes de nos vies; si bien qu’on se lie facilement d’amitié, et qu’on repère tout de suite ceux avec qui on a le plus d’affinités.

Je présume que de côtoyer, au quotidien, un alcoolique ou un toxicomane « dans son actif », selon une expression du milieu, ne doit pas être de tout repos. Par contre, lorsqu’elles sont à jeun, les personnes ayant une prédisposition aux abus de psychotropes se révèlent souvent parmi les plus sensibles et les plus attachantes qui soient au monde ! Ou du moins est-ce le cas de celles qu’il m’a été donné de croiser en désintox.

À Maison L’Épervier, dans le cadre d’un atelier d’art-thérapie, on nous avait notamment demandé de concevoir un dessin sur une quelconque thématique. Après quoi, lors de la « pause cigarette », quant à moi, par curiosité, j’ai parcouru le tour de la table, afin de jeter un coup d’oeil aux créations laissées là par les quatorze autres résidents – il s’agissait plutôt d’un petit centre. À mon agréable surprise, non seulement ces derniers étaient presque tous d’une rare amabilité, mais absolument chacun d’entre eux avait un certain talent artistique !

En l’occurrence – si je puis me permettre cette ultime historiette – la thématique choisie était « la vie »… ce qui me semblait inclure tout et son contraire. C’est pourquoi j’ai décidé, à la place, de m’inspirer de la mort pour mon dessin, en prétextant qu’elle faisait aussi partie de l’existence.

Ma chatte Orfée Carrousel, alias « Titi », étant décédée quelque temps auparavant, je l’ai représentée au Paradis, assise sur un minuscule nuage rose. Au-dessus d’elle se trouvait une immense bulle, comme dans les bandes dessinées, à l’intérieur de laquelle elle s’exprimait en zézayant: « Bien le bonzzzour, sssèrs zzz’amis zzz’humains ! ZZZe dézzzirerais vous partazzzer, à mon tour, mon expérience personnelle avec les substances psychotropes. Un zzzour, au cours de mon lézzzendaire passazzze sur Terre, un zzzigantesque zzzoint d’herbe aux sssats s’est malencontreuzzzement glissé sous mon muzzzeau, par le plus mystérieux des hazzzards. Telle une pilule mazzzique, ladite substance m’a dotée de prodizzzieux pouvoirs: mes sens étant plus zzz’aiguizzzés que zzzamais, en cette fameuzzze zzzournée, zzz’ai ainsi réussi à ramasser un cortèzzze de souris volantes ! » 😉

Pfff… hem… ouais… ça y est, c’est fait. ZZZe suppozzze… oups ! pardon: je suppose que c’est cette anecdote qui servira de concluzzzion à ce post… Et toc !

Miss Cloclo, en compagnie de Titi, alias Orfée Carrousel, cinq jours avant le décès de celle-ci.

 

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No d’enregistrement: 1211301
ISBN (pdf): 978-2-9822588-2-2

 

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